07 mai 2025
L'un des principaux défis dans le traitement du cancer colorectal est que les tumeurs restent souvent invisibles pour le système immunitaire. Et elles ne le font pas seules, comme on le constate de plus en plus souvent. Certaines bactéries présentes dans l'environnement immédiat de la tumeur jouent un rôle actif dans la suppression de l'activité immunitaire.
Certains micro-organismes peuvent :
Ils créent ainsi une sorte de « coque protectrice » autour de la tumeur, qui empêche l'organisme d'attaquer les cellules malignes. C'est comme si les bactéries contribuaient à camoufler leur voisin, la tumeur. Cela rend la combinaison du cancer et de la dysbiose (flore intestinale perturbée) particulièrement dangereuse.
Un nom revient sans cesse dans cette histoire : Fusobacterium nucleatum. Cette bactérie anaérobie, normalement présente en quantité limitée dans la bouche et les intestins, semble systématiquement surreprésentée dans les tumeurs du côlon.
Les chercheurs ont découvert que F. nucleatum :
Cette bactérie se comporte presque comme un complice : elle favorise la croissance tumorale, entrave les réponses immunitaires et renforce un microclimat propice au développement du cancer. Pas étonnant qu'elle soit à l'étude en tant que cible potentielle pour de nouvelles thérapies.
On trouve souvent des biofilms autour des polypes et des tumeurs intestinales. Il s'agit de structures denses et muqueuses composées de bactéries qui coopèrent au sein d'une matrice protectrice. Les biofilms ne sont pas de simples accumulations de microbes, mais des réseaux organisés difficilement pénétrables par les cellules immunitaires et les médicaments.
Ces biofilms abritent souvent des espèces pathogènes, telles que :
La présence de biofilms est associée à :
Ils forment littéralement un bouclier microbien qui protège et renforce la tumeur. C'est pourquoi les biofilms sont de plus en plus considérés comme des acteurs actifs dans la progression du cancer, et non plus comme un simple accident de parcours.
Les modèles murins ont apporté de nombreuses informations sur la manière dont le microbiote influence le comportement des tumeurs, et surtout sur la manière dont il peut renforcer ou compromettre l'efficacité des traitements contre le cancer.
Des études montrent ainsi que :
Ces résultats indiquent un changement de paradigme : le microbiote n'est plus un élément secondaire, mais une variable traitable. Des études cliniques chez l'homme sont actuellement en cours pour :
Le cancer colorectal ne se développe pas dans le vide. Il évolue dans un écosystème microbien où certaines bactéries contribuent à la guérison, tandis que d'autres renforcent, protègent ou accélèrent la maladie.
La collaboration étroite entre les tumeurs et certaines bactéries nécessite une nouvelle approche en matière de diagnostic et de traitement. Des biofilms au Fusobacterium, de l'interférence immunitaire à la résistance aux traitements : la composante microbiologique du cancer colorectal est trop importante pour être ignorée.
Pour vraiment comprendre et combattre le cancer colorectal, il faut également s'intéresser à ses voisins. Car parfois, le danger ne se trouve pas dans la tumeur, mais juste à côté.